Bataille de Solférino/ Contexte

De toutes les insurrections, les campagnes et les batailles pour l'unification de l'Italie, 

cette bataille a été la plus décisive et sanglante.  Son résultat non seulement la mise en œuvre de  l'éventuelle indépendance de l'Italie par la libération de la Lombardie, mais aussi la fondation du Comité Internationale de la Croix Rouge (CICR) à Genève le 17 juillet 1864.
 

Bataille de Solférino / Contexte historique

Le conflit entre l'empire austro-hongrois et la coalition franco-sarde est né de la promesse faite par Napoléon III au roi de l'aider à chasser les autrichiens des terres italiennes et faire autour de lui l'unité de l'Italie en échange de la Savoie et Nice.
Vers l’unification de l’Italie:
La politique italienne de Napoléon III était marquée par le soutien de la France à l'unification d’une Italie divisée en plusieurs états, le Royaume de Piémont-Sardaigne au Nord-Ouest , le Royaume des Deux-Siciles au Sud, Les Etats du Pape au centre, le Grand-duché de Toscane  et la Lombardie et la Vénétie au Nord-Est (alors sous contrôle autrichien).

Bataille de Solférino
A l’issue du congrès de Vienne en 1815, les vainqueurs de napoléon Ier réorganisent l’Europe à leur profit. L’Autriche, la Prusse, la Russie font des annexions sans tenir compte des désirs des différentes nationalités. L’Autriche domine l’Italie, l’Allemagne est divisée en plusieurs États à l’intérieur de la Confédération germanique, dominée par l’empereur d’Autriche. Des mouvements nationaux (volonté que la nation soudée par une langue, une histoire, des aspirations communes devienne un État indépendant) naissent en Italie, en Allemagne, en Pologne et en Autriche chez les peuples dominés. Ils veulent chasser l’occupant et unifier leurs pays. Ces patriotes ont aussi des idées libérales : ils veulent limiter le pouvoir du souverain et appliquer les idées de la révolution de1789. Traqués par la police, ils doivent s’organiser en sociétés secrètes, les Carbonaris pour les Italiens, par exemple. Le chancelier autrichien Metternich fait écraser les révoltes libérales en Allemagne (1819) et en Italie (1821).Cependant, les Grecs obtiennent leur indépendance par rapport à l’Empire Ottoman (Turc) en 1822 grâce à l’aide de la France, de la Russie et du Royaume-Uni. Les Belges se libèrent de la Hollande en 1830 (appui franco-anglais). En 22 février 1848, la révolution partie de France gagne l’Autriche, l’Italie  et l’Allemagne. C’est le printemps des peuples.

Elu en tant que président de la seconde république française en décembre 1848, Louis-Napoléon Bonaparte,  tente en 1851 d'obtenir de l'assemblée républicain français une révision de la constitution afin qu’il soit rééligible et que son mandat passe de 4 à 10 ans, sinon il doit légalement quitter le pouvoir en décembre 1852. Mais le prince-président ne parvient pas à convaincre l'assemblée qui refuse la révision constitutionnelle le 19 juillet 1851 et vote pour le maintien des élections législatives, 7 mois avant la fin théorique du mandat présidentiel.

Face à cette situation critique, Il ne lui reste plus que la solution du coup d'État. Le 27 octobre, un nouveau gouvernement est constitué dans ce but. Le 2 décembre, l'armée occupe Paris et le président dissout l'Assemblée dont une partie des députés sont arrêtés après une résistance rapidement matée et pousse les électeurs à l'approbation du coup de force.  Les français condamnent alors la République et confient à Louis-Napoléon Bonaparte le droit de modifier la Constitution de 1848. Le 7 novembre 1852, le second Empire s’est établit et Louis-Napoléon Bonaparte devient alors Napoléon III empereur de la France.

Du temps de l'exil, Napoléon avait noué des relations assez étroites avec les Carbonaris de l’Italie, qui souhaitaient se libérer de l’Autriche, maitresse de la quasi totalité de l'Italie du Nord et des états pontificaux. Cet ex-carbonaro, profondément marqué par les évènements de 1848 qui ont débuté à Paris et qui ont eu des répercussions dans toute l'Europe, demeure préoccupé par la question de l'unité italienne. Le réveil du sentiment national et la volonté unitaire italienne prend forme  dès la fin du XVIIIème siècle. Ce nationalisme s’affirme ensuite lors des révolutions libérales et nationales de 1848 qui touchent alors tous les Etats de la péninsule italienne. La situation géopolitique italienne est très morcelée entre les États Pontificaux, les royaumes des Deux-Siciles et de Piémont-Sardaigne ainsi que L'Autriche. Celle-ci est en position dominante en contrôlant directement la Lombardie et la Vénétie et par princes interposés Modène et la Toscane et en mettent en place dans les États pontificaux une autorité corrompue, violente et autoritaire. La nation italienne reste en effet divisée en de nombreuses petites entités territoriales malgré les différentes  insurrections qui ont eu lieu et qui sont violemment réprimées par les Autrichiens.

Un projet unitaire voit le jour avec les évènements de février 1848. La population italienne se révolte contre les Autrichiens qui occupent les États italiens du nord. Milan, située en Lombardie, est reprise par ses habitants aux Autrichiens et les Milanais réclament la rédaction d'une constitution en vue de la création d'un Royaume d'Italie, sous l'égide du roi de Piémont-Sardaigne, Charles-Albert. Celui-ci déclare la guerre à l'Autriche le 24 mars 1848 afin de libérer la Lombardie et accélérer l'unification. Battu à Novare, le 23 mars 1849, le roi piémontais cède le trône à son fils Victor-Emmanuel II.

Le jeune roi du Piémont-Sardaigne, qui va être par la suite le 1er roi de l’Italie unifiée, signe l'armistice avec les Autrichiens et appelle au pouvoir Camillo Benso, Comte de Cavour leader du  parti patriote modéré, qui prône l'unité de l'Italie, sous la forme d'une monarchie constitutionnelle et devient président du conseil (1er ministre) en février 1852. Ce dernier considère qu’une guerre avec l’Autriche est inévitable et il prépare son pays en le modernisant (développement du port de Gènes, des voies ferrées, d’une armée moderne). Il obtient l’appui de nombreux patriotes. Il incite Victor-Emmanuel à envoyer des troupes à la guerre de Crimée en 1855. Cavour voit dans cette guerre une occasion de porter la question de la nationalité italienne au niveau international et afin d’obtenir une place parmi les puissances européennes les plus progressistes. Il s'agit pour lui de s'engager aux côtés de la France et du Royaume-Uni alliés de la Turquie contre Nicolas Ier de Russie, qui occupe la Valachie et la Moldavie, alors possessions ottomanes. Avec l’approbation de Victor-Emmanuel, Cavour débute les négociations en vue d'obtenir des Français et des Britanniques la garantie que la question italienne sera abordée lors des traités.  C’est ce qui lui permet de s’asseoir à la table des négociations du congrès de Paris en 1856 et de nouer des premiers contacts avec Napoléon III.

Bataille de Solférino / Accords de Plombières :

En juillet 1858, à Plombières, Cavour et l'Empereur Napoléon III signent un traité secret (les accords de Plombières) par lequel la France s’engage à intervenir au côté du royaume de Sardaigne dans le cas d’une attaque autrichienne. Contrepartie de cette aide, en cas d’annexion au Piémont de Lombardie, la Vénétie et les Duchés de Parme et de Modène, la Savoie et Nice seront cédés à la France.

Au fil des années, Cavour a pu nouer des relations diplomatiques profondes avec l’empire Français en jouant sur le sentiment pro-italien de Napoléon III. Ce n’est qu’en 14 janvier 1858,  que les choses prennent une autre tournure, lorsque trois bombes sont lancées sur le couple impérial qui se rendait à l'Opéra. Ce sont quatre Italiens, dont Felice Orsini, ancien carbonaro, qui les lancent. Beaucoup craignent alors que les rapprochements diplomatiques effectués soient réduits à néant du fait de la nationalité des poseurs de bombes. Orsini et ses trois compatriotes (Gomez, Pieri, De Rudio) sont condamnés à mort donnant ainsi une publicité inattendue à la cause indépendantiste. La veille de son exécution, Orsini a fait parvenir une lettre à l’empereur : «  J’adjure votre Majesté de rendre à l’Italie l’indépendance que ses enfants ont perdue en 1849, par le fait des Français (…). Que votre Majesté se rappelle que les Italiens, au milieu desquels était mon père, ont versé leur sang pour Napoléon le Grand, partout où il lui plut de les conduire ; qu’elle se rappelle que, tant que l’Italie ne sera pas indépendante, la tranquillité de l’Europe et celle de votre Majesté ne seront qu’une chimère : que votre Majesté ne repousse pas le vœu suprême d’un patriote sur les marches de l’échafaud ; qu’elle délivre ma patrie, et les bénédictions de 25 millions de citoyens la suivront dans la postérité ».

Napoléon III, sortit indemne de cet attentat comme son épouse Eugénie, laisse circuler les écrits nationalistes d'Orsini, et prend contact avec Cavour, par l'entremise de Henri Conneau, durant l'été 1858.  Ils se rencontrent à Plombières le 21 juillet 1858 et mettent en place une sorte d'alliance, définissant une stratégie pour que l'unité italienne voie le jour. En premier lieu, une alliance militaire entre la France et le Piémont se met en place afin de chasser les Autrichiens du territoire de la botte. En second lieu,  une organisation politique de l'Italie est décidée lorsque la victoire sera acquise Le Piémont s'agrandirait de la Lombardie, la Vénétie et les Duchés de Parme et de Modène. Le Pape ne conserverait que Rome et le Latium, tandis que le reste de ses Etats, réunis à la Toscane, constitueraient un royaume d'Italie centrale dont la couronne reviendrait au Prince Napoléon (Plon-Plon) qui doit épouser la fille aînée de Victor-Emmanuel II, la princesse Clothilde de Savoie. La confédération italienne naissante serait présidée par le pape Pie IX. En échange de l'aide de la France, Cavour promet à Napoléon III la Savoie et la ville de Nice.

Pendant ce temps, à Paris, l'empereur reçoit les différents corps diplomatiques des pays européens et conclu dans le plus grand secret un accord avec le tsar Alexandre II de Russie afin que son pays reste neutre si une guerre voit le jour entre la France et l'Autriche. La neutralité russe (et le contrôle de la Prusse) était donc assurée, au prix d'une attitude complaisante envers les aspirations russes en Pologne et dans la Mer Noire.

En janvier 1859, les choses semblent donc bien avancées. Le 10 janvier 1859, le roi du Piémont Victor Emmanuel II prononce un discours au Parlement Français: « Notre pays, petit par son territoire, a grandi en crédit dans les conseils de l'Europe, parce qu'il est grand par les idées qu'il représente et par les sympathies qu'il inspire… Si nous respectons les traités nous ne sommes pas insensibles au cri de douleur qui, de tant de parties de l'Italie, s'élève vers nous… » (cit. par Roland Conilleau, L'Entrevue de Plombières). Dans la même semaine, Plon-Plon se rend à Turin pour rencontrer sa future épouse, et visiter les ports, les arsenaux et les fortifications, en compagnie du ministre sarde de la guerre. Le 26 janvier L’aide française devient officielle avec le traité franco-sarde de Turin.

L'entrevue de Plombières est restée historique. Les bases d'une action commune y furent posées une convention militaire fut signée par laquelle l'Empereur s'engageait à prêter son concours armé pour appuyer les revendications piémontaises, à déloger les Autrichiens des provinces qu'ils occupaient en Italie, à effectuer le rattachement de la Lombardie et de la Vénétie au royaume sarde. « L'Italie libre depuis les Alpes jusqu'à l'Adriatique), tels étaient le programme et la promesse de Napoléon III.

Bataille de Solférino / L’alliance franco-sarde face à L'invasion autrichienne du Piémont :

Le 29 avril 1859 l'Autriche envahit le Piémont en franchissant le Tessin , le fleuve qui sépare le Piémont de la Lombardie. La France engagée par une alliance défensive, décide d’honorer le traité et venir à l’aide du Roi Victor-Emmanuel II.

La nouvelle de la rencontre de Plombières filtre malgré toutes les précautions. Napoléon III ne fait pas grand secret de ses intentions, il s'adresse en ces termes à l'ambassadeur autrichien: « Je suis désolé que nos rapports ne soient pas aussi bons que par le passé, je vous prie de communiquer à l'Empereur que mes sentiments personnels à son égard sont inchangés ».

Immédiatement, des volontaires informés des accords de Plombières, arrivent dans le Piémont convaincus que la guerre est imminente et le Roi commence à masser des troupes sur la frontière lombarde, vers le Tessin dans le but d'amener l'Autriche à déclarer la guerre et obtenir ainsi l'aide française.  Giuseppe Mazzini et Giuseppe Garibaldi sont rentrés en Italie: on confie, à ce dernier, l’organisation d’un corps de volontaires, les chasseurs des Alpes (Cacciatori delle Alpi), sans mettre de limite dans l’enrôlement des exilés provenant du royaume lombard-vénitien sous domination autrichienne. En effet, l'Autriche préoccupée, envoie à Victor-Emmanuel II un ultimatum qui est immédiatement repoussé. Le 29 avril 1859, la guerre éclatait entre le Piémont et l'Autriche. Victor-Emmanuel prend le commandement de l'armée et laisse le contrôle de la citadelle de Turin à son cousin Eugène de Savoie-Carignan.

François-Joseph 1er d’Autriche ordonne l’armée autrichienne de Ferencz Gyulai de franchir le Tessin et d'atteindre la capitale piémontaise avant que les Français n'arrivent à son secours. Le 29 avril l’armée autrichienne entre en Piémont; le 30, elle occupe Novare, le 2 mai elle est Verceil, le 7 à Biella. L’armée piémontaise est plus au sud et attend les Français. Les Autrichiens arrivent à 50 km de Turin. Vienne, suggère de combattre sur le Mincio où les Autrichiens avaient battu l’armée piémontaise en 1848. L’armée autrichienne fait donc demi-tour et perd l'occasion de combattre séparément les Piémontais et les Français.

Napoléon III prend le commandement de l’armée franco-piémontaise le 14 mai et l'armée autrichienne est arrêtée à Montebello (20-21 mai) par les Français. Les Français franchissent, le 2 juin, le Tessin en battant les Autrichiens à la bataille de Turbigo. Gyulai a concentré ses forces à proximité de la ville de Magenta où il est assailli par les Français le 4 juin qui pénètrent dans Milan le 8 juin 1859. Les chasseurs des Alpes, 3 500 hommes mal équipés, occupent rapidement Côme, Bergame, Varèse et Brescia et marchent vers le Trentin. Le 9 juin le conseil communal de Milan vote par un plébiscite l’annexion de la Lombardie au royaume de Victor-Emmanuel II. Désormais les troupes autrichiennes se retirent de toute la Lombardie.




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